« Un dimanche d’été indien – près de 25° dans les proches jardins du Champ de Mars face à l’école Militaire – une terrasse de rêve pour fêter le retour (provisoire) du beau temps: celle de la Gauloise. La demeure est antédiluvienne. Elle vient de subir une cure de rajeunissement nécessaire sous la houlette d’Eddy Bénézet, rejeton d’une belle dynastie aveyronnaise, qui possède aussi le Coq au Trocadéro plus une ou deux autres demeures dont j’ai oublié le nom.
La Gauloise, qui accueillit maints présidents et politiques, dont François Mitterrand qui fut un habitué, a gardé son bel esprit de brasserie chic et institutionnelle avec ses stucs au (haut) plafond, son beau bar en bois, ses banquettes de velours rouge, son service stylé, ses tables espacées. Ce dimanche midi, le jeune Flavien Dévelet, élevé chez Rech, à l’école du grand Eric Mercier auquel nous rendions hommage avant hier, ordonnait le service de salle comme un ballet.
J’étais là en compagnie de mon vieux pote Robert Sabatier de l’Académie Goncourt qui se rappelait y y avoir dîné avec le grand et petit monde de l’édition. Je me souviens y avoir croisé Robert Laffont et Pierre Belfond. Rien, en apparence, ne semble avoir changé. Glissons que le menu, servi midi et soir, est épatant. Que le brouilly du château des Tours, servi frais, est fruité comme du jus de framboise. Et que le classicisme ici a belle mine sous le houlette du fidèle Sébastien Carabeux.
Bref, on joue ici la carte du sûr, du traditionnel et de l’appliqué. Qui se nomme fraîche salade d’épinards aux champignons de Paris et au bleu (de Bresse), poêlée de cèpes en fine persillade, tartare de boeuf assaisonné à point avec ses pommes allumettes moelleuses et craquantes faites maison, volaille jaune des Landes rôtie aux cèpes (quoiqu’avec des pommes rôties à la peau un brin sous-cuites), sans omettre un généreux Paris-Brest tout en rondeur et à l’ancienne, avec sa belle crème au beurre praliné et sa pâte à chou craquante (à partager impérativement pour deux!). Autant dire un répertoire appliqué propre à composer des agapes amicales et complices. »