« Un voyage entre Laos, Vietnam et Thaïlande, des assiettes qui font mouche, des prix ultra gentils, il n'en faut pas plus pour drainer tout Paris dans cette nouvelle cantine en plein quartier asiatique.
Les ors de palace, les couverts en argent et les additions de plomb, on connaît. Les toques qui bistrotent, l'ardoise qui pavoise, on voit ça tous les jours. De temps à autre, un bar à vins nature, une coquetterie pailletée, un italien en maestria. Soit. Mais pour ce qui est des cantines du monde, les vraies, les modestes, les à peine bilingues, qui feraient presque passer les marges bétonnées de la capitale pour des destinations magiques, on n'avait plus grand-chose à se mettre sous la dent. Au point d'émettre quelques doutes sur la vitalité actuelle de la melting-popote parisienne.
On se rassurera, au moins pour un temps, avec cette pépite déterrée en plein triangle d'or asiate. La place d'Italie au nord, le périph' au sud et, au milieu, les avenues d'Ivry et de Choisy, formant un delta où les caractères chinois néonnent à tous les coins de rue. Dans la jungle des cantines locales, une famille lao-vietnamienne commence à faire parler d'elle. Lane Siackhasone, la maman, et Noï, l'un de ses fils, régalent tout le quartier depuis huit ans sur les nappes en papier du premier Lao Lane Xang, situé au 103, avenue d'Ivry. Somboun, un autre fils, a créé le Rouammit, une extension du premier restaurant, au 105. Et c'est au tour de Ken et Do, les deux derniers, de réinventer la formule avec un petit look lounge à la sauce thaïe, au 102. Le long de la vitrine ultra contemporaine, qui tranche avec le kitsch ambiant, s'étend une file d'attente comme devant l'Olympia un soir de Raphaël. Vous l'aurez compris, il faut réserver quelques jours à l'avance, accepter de dîner à des heures indues (19 ou 22 heures 30) ou faire la queue un moment pour espérer grappiller quelques-uns des 92 couverts répartis sur deux étages.
Une fois assis, pas le temps de se regarder dans le blanc des yeux. Les menus atterrissent en moins de deux, le carnet de commandes se pointe aussi sec. Entre-temps, il aura fallu slalomer entre les codes ésotériques d'une interminable liste de mets prompte à lâcher votre appétit en pleine nature. Dans les assiettes, quelques minutes plus tard, c'est nettement plus réconfortant. La salade de riz croustillante à la laotienne est un petit bijou serti de coriandre, de ciboule et de viande de porc. Les crêpes de riz aux crevettes font des coussins moelleux, délicats, parfumés, vraiment délicieux. Les crevettes au lait de coco et curry rouge sont joliment calibrées, fermes et fraîches, entre douceur et chaleur pimentée. Même les perles de coco aux graines de sésame caramélisés n'ont rien à voir avec les boules de caoutchouc chez le traiteur du coin. Et, avec ça, une addition franchement pas du genre à chatouiller votre pouvoir d'achat. En un mot, du low-cost pour un long-courrier de rêve. »